-

-
“On n’est pas dans l’armée a Bourbaki”, cette phrase je l’ai entendu plus d’une fois quand j’étais d’active. C’est en ces termes que l’on qualifiait une unité médiocre, mal organisée, mal commandée dans les années 80. Plutôt curieux cet accident survenu au 3ème RPIMA non?, que l’on puisse confondre des munitions “bonnes de guerre” avec des cartouches à blanc? Puis vider les deux tiers d’un chargeur, sur des gens qui se mettent à pisser du sang? Halte au feu! c’était pas sensé se dérouler comme ça? Hum
Bien que j’aie quitté la grande machine verte, il y a un peu plus de 17 ans (mais ma mémoire porte assez loin), je ne vois comment une telle chose a pu se produire. Les procédures de perception de l’armement, des munitions, l’organisation des exercices (surtout au milieu de civils) sont suffisamment stricts et encadrés pour justement éviter ce genre de boulette.
Les cartouches 5,56 de combat et d’exercice sont pourtant aisément identifiables. Les munitions de “guerre”présentent un étui traité en vert olive et l’ogive (balle) de couleur dorée. Les munitions “à blanc” sont de couleur argent, feuilletées (pincées, comme une cartouche à blanc 9mm) au bout avec le haut de l’étui recouvert de vernis transparent vert, c’est impossible de les confondre, surtout dans un chargeur gris anthracite. Je ne parle même pas du facteur poids des cartouches qui sont sensiblement différents.
J’ai lu ici et là, que si Le BTB (Bouchon tir à Blanc) avait été sur l’arme, elle aurait explosé. Pour avoir effectué de nombreux combats simulés, j’ai pu manier cet accessoire plus d’une fois. Je me suis souvent demandé, ce que pourrait provoquer le tir d’une munition réelle, avec cet accessoire. Au poids, je pense qu’il est en aluminium ou en métal léger, en tout cas sûrement pas en acier (sans doute pour éviter un refoulement des gazs et une explosion, en cas d’erreur dans le choix des munitions). il est supposé qu’il aurait démonté le BTB avant de tirer, le problème c’est que l’opération ne s’effectue pas en 2 secondes et surtout pas d’une main… En tout cas il semblerait que des morceaux du bouchon pulvérisé auraient été retrouvés à proximité immédiate de l’incident.
J’ai lu aussi que les cartouches à blanc étaient en plastique, c’était vrai pour les 7,62 destiné au Mas 49/56 et à la AA52, dans le cadre de l’incident, c’était du 5,56 . Il est également dit, que le gus n’aurait pas regardé son chargeur avant de l’introduire. Je n’ai jamais vu quelqu’un, ne pas exécuter cette vérification. Lors de cette opération, on s’assure de l’absence de saletés, du sens d’introduction du chargeur, du type de munitions… enfin moi c’est comme cela que j’ai toujours opéré. Je ne crois pas à la thèse d’une erreur de manipulation. Comment aurait-on pu distribuer des munitions létales, pour une démonstration au milieu de civils. Et pourquoi à un seul membre du groupe?
Si je devais accomplir un acte de sabotage, j’aurais inséré 19 cartouches 5,56 “réelles” et complété le chargeur avec 6 munitions à blanc. L’exercice commence, je tire, 2 rafales de 3, tout se passe bien, arrivé aux munitions lourdes, la première ogive fait exploser le BTB, la suite on la connaît…
Il y a un autre fait étrange: le recul et la détonation sont beaucoup plus puissants lors d’un tir à balle réelle. Je veux dire au delà de 2 rafales, le S/off aurait dû s’en rendre compte et suspendre immédiatement son tir. Or il semblerait qu’il a tiré 17 bastos (full auto ou rafales de 3?), cette histoire n’est pas claire. Si je devais mener l’enquête, je commencerai par travailler “à la flamme bien moyen-âgeuse” les gus en charge de l’exercice.
Dans une unité professionnelle, tout est structuré, hiérarchisé, on ne peut même pas percevoir une pince à sucre, sans suivre la chaîne de procédures. Aussi c’est peut-être à l’échelon peloton qu’il faut chercher. Chaque gus approvisionne personnellement ses chargeurs, il est possible, que (le S/off, appelons-le “Régis”) “Régis” ait délégué cette tâche à un subalterne (le nettoyage de l’armement des cadres et les tâches contraignantes étant très souvent relégués à la piétaille). Là on a peut-être une piste:
- Soit “Régis” a sciemment approvisionné son arme avec des munitions de guerre, mais dans ce cas là, pourquoi avoir complété son chargeur avec des munitions à blanc? est-ce pour dissimuler la manœuvre à ses collègues?
-Soit une tierce personne a mélangé des munitions d’exercice et réelles, en vue de provoquer un incident.
Pour ce qui est de se procurer des munitions réelles au sein de son unité, ça peux se faire (pour peu que l’on ai des potes travaillant aux services techniques ou à l’A.P.C (armement petit calibre). Normalement après chaque tir, on doit réintégrer le nombre d’étuis correspondant exactement au nombre de cartouches perçues. Pour pouvoir en barboter 25, même en plusieurs fois, il faudrait vraiment que les soutiers munitions soient des blaireaux.
Toujours est-il que le type qui a tiré, après 7 années de service, n’est plus un novice. J’espère que l’enquête va creuser un peu plus loin qu’une erreur de manipulation.
Je me souviens de mes classes en 1985, lorsque l’on se trompait dans les mouvements: on avait droit à une grande claque sur la nuque, si on faisait tomber son arme: on pompait à fond (40 avec une main sous l’arme et une main dessus).
Dans une autre unité où j’ai servi, quand on mettait une roquette anti-char à côté de la cible: c’était retour au camp à pied, quand à essayer de récupérer des cartouches ou même des grenades à plâtre, je m’y suis essayé et j’en ai les joues qui cuisent encore.
Les antimilitaristes doivent se réjouir de ce genre d’anecdotes, pour ma part bien que n’ayant jamais apprécié ces “séance de motivation”, le fait est que je n’ai jamais refait la même erreur deux fois. Quand à la démission du CEMAT (à 2 mois de la retraite, quel héros), je ne vois pas pourquoi il devrait être tenu responsable pour un incident local.